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Secteur privé/Choyé au Burkina, vomi pour la crise financière

Secteur privé

Choyé au Burkina, vomi pour la crise financière

 

La huitième rencontre entre le secteur privé et le gouvernement a eu lieu les 20 et 21 octobre 2008 à Bobo-Dioulasso. C’est une rencontre institutionnalisée à laquelle les deux partenaires accordent du sérieux, de l’attention et de l’écoute. A entendre les discours des uns et des autres, le satisfécit est total. Le Premier ministre Tertius Zongo a parlé de « partenariat dynamique ». Après cette rencontre avec son partenaire privilégié, le gouvernement devrait mettre le cap sur celle avec les syndicats. Les préoccupations des travailleurs sont nombreuses, mais elles se résument à une seule : la vie chère. Une situation devant laquelle le gouvernement de Tertius Zongo a démissionné.

 

 

Le secteur privé est un partenaire de choix pour le gouvernement. Quand ils se  rencontrent, les soucis ne sont pas de même nature que ceux d’un partenaire comme les syndicats. Ce partenaire prend en charge et organise tout. Le gouvernement est mis dans les meilleures « conditions de pression et de température » pour l’écouter. Au vu des acquis énumérés par le secteur privé, nous pouvons affirmé que ses attentes sont comblées. Ses recommandations ne sont jamais de vaines promesses. Le Premier ministre à l’occasion est auréolé de tous les attributs pour ce qu’il a fait pour le monde des affaires.

 

Le privé porté aux anges, mais en panne  

 

Au Burkina, le secteur privé bénéficie d’un contexte favorable marqué par le choix des autorités pour le libéralisme économique. C’est le secteur privé qui est le moteur de l’économie dit-on. Les réformes économiques sont entreprises pour créer un climat favorable au développement du monde des affaires. Nous avons en exemple la révision du Code du travail qui permet aux employeurs de renouveler à souhait le Contrat d’embauche à durée déterminée (CDD). Ce qui est forcément une prime à la précarité de l’emploi. Pourvu que l’entreprise rentabilise et que le patron gagne.

Le privé, moteur de l’économie est une théorie qui a fait ses preuves dans les pays libéraux. Le contexte international marqué depuis une année par la crise financière qui a commencé aux Etats-Unis et qui s’est propagée en Europe, a montré que le sort du monde ne saurait être confié à des mercantiles, des cupides, et autres marchands de sommeil. La crise financière, qui secoue le monde est entrain de redéfinir le rôle de l’Etat dans l’activité économique. Le capitalisme d’Etat refait surface avec la faillite du capitalisme sauvage. Nous ne pouvons que dire qu’à quelque chose malheur est bon. La crise financière, même si elle n’a pas encore touché l’Afrique, vient rappeler aux « apprentis libéraux africains » que l’Etat reste un acteur important dans l’activité économique. Son désengagement de tous les secteurs comme il est fait en Afrique est très suicidaire. La preuve. Avec la crise de la vie chère, le gouvernement avait soutenu qu’avec le choix libéral, il ne pouvait intervenir en aucun cas pour contraindre les opérateurs économiques à baisser les prix des produits de première nécessité. Tout ce qu’il a pu faire c’était de laisser tomber ses taxes à l’importation. Malgré tout, les prix des produits n’ont pas baissé.

 

Les travailleurs attendent toujours des actes

 

Si chaque rencontre secteur privé/ gouvernement s’apparente à des nuits de noce, celle avec les syndicats n’a jamais été de gaieté de cœur. Chaque année non seulement la rencontre prend du temps pour se tenir, mais aussi sa tenue ne donne pas lieu à un satisfecit partagé.

D’aucuns nous diront que pour une rencontre avec les syndicats, on parle de revendications et de négociations. Pourtant, avec le secteur privé, on parle aussi  de revendications, mais on les appelle recommandations. Si l’on s’en tient au bilan fait sur les recommandations de la septième rencontre, le gouvernement a mis son énergie et a même accepté perdre de l’argent pour satisfaire le secteur privé. Les acquis lui donnent satisfaction à travers des points que le Burkina gagne dans le classement « doing business ». Mais le gouvernement qui perd  beaucoup de milliards dans les exonérations ne s’exprime jamais en termes de pertes. Dans le domaine minier par exemple, certains acteurs de la société civile dénoncent le trop de faveurs (exonérations) dans ce secteur. En fin de compte, ils ne saisissent pas trop les gains de l’Etat. Nous avons une idée du capitaliste. Quand il vient en Afrique, c’est pour piller. Bref !

La satisfaction des revendications des travailleurs telles que l’augmentation des salaires et des pensions s’apprécie en termes de pertes pour le budget national. Le gouvernement donne l’impression que les travailleurs ne contribuent pas au renflouement du budget national.

Nous n’avons pas la date précise des prochaines négociations, mais le menu du plat de résistance est solide : l’augmentation des salaires, les prix des hydrocarbures, les avancements avec la polémique question de la notation des agents, etc.

Les syndicats devraient refuser la rhétorique développée par le ministre du Commerce Mamadou Sanou sur la baisse du prix du baril et la stagnation du prix à la pompe. Ce sont des discours qui ne prennent pas en compte la misère des populations. L’Etat est lui-même un exploiteur des populations.

Tant pis, elles se plaisent et se lamentent dans cette situation. Même les syndicats après les grèves ont presque accepté la liturgie du gouvernement à tel point qu’il ne faut pas s’attendre à des négociations qui donnent satisfaction aux travailleurs. Aucun rapport de force n’est créé pour cela. Les syndicats attendent religieusement la convocation du gouvernement pour la rencontre. Le gouvernement qui n’est jamais pressé attend aussi et profite de la trêve pour faire appliquer son nouveau système d’évaluation. Les syndicats de la fonction publique qui veulent apporter la réplique ne sont qu’à la phase d’information de leurs militants. Depuis les dernières négociations, les travailleurs ne voient rien venir à l’horizon. Aux dernières nouvelles, les prix des produits de première nécessité ont repris leur ascension.

Nabi Youssfou 

 

 

 



03/11/2008
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