repères, Il y a des valeurs........

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Alternance démocratique/Les Burkinabè aiment la bonne sauce des autres

Alternance démocratique

 

Les Burkinabè aiment la bonne sauce des autres

 

L’aboutissement des élections ghanéennes par une alternance démocratique entre l’opposition et le parti au pouvoir nous donne l’occasion d’apprécier la démocratie en marche chez les autres. Il suffit de faire le tour des titres des journaux pour se convaincre que les Burkinabè sont unanimes sur l’alternance réussie chez le voisin ghanéen. Pourquoi une telle satisfaction ? Est-ce parce que les Burkinabè n’ont pas de telles expériences chez eux ? Pourquoi n’ont-ils pas ? Nous pensons que depuis le début du processus démocratique, les Burkinabè n’ont pas véritablement posé les questions de fond. Ils se sont laissés imposer la forme de démocratie que les militaires reconvertis en démocrates ont voulue. Ils y vivent depuis plus 21 ans, avec Blaise Compaoré, l’unique président qui alterne avec lui-même après trois élections présidentielles. Une forme d’alternance à la burkinabè ?

 

Le Président du Faso était à l’investiture du nouveau président John Atta-Mills. C’est le troisième président que le Président Compaoré a vu à la tête du Ghana depuis 1992. Après la mort de Lassana Conté, il est le doyen par sa longévité au pouvoir des chefs d’Etat de la sous région. Quelle image notre président donne-t-il quand il va à de telles investitures ? Quel regard porte-t-on sur notre président ? Les Burkinabè ressentent-ils une fierté quand les habitants des pays voisins font mieux qu’eux en matière de démocratie ? Si être Burkinabè se mérite, est-ce qu’être démocrate ne devrait pas l’être davantage?

 

L’alternance au Burkina ?

 

Actualité oblige. Le Ghana a inscrit son nom en lettres d’or dans les annales de la réussite démocratique en Afrique en réussissant sa deuxième alternance. Cette donne sous-régionale ne laisse pas indifférent les habitants des pays voisins où l’alternance est comme le bon Dieu. On y croit, mais on ne le voit pas.

Dans une interview accordée à L’Observateur Paalga, l’ancien ministre Zéphirin Diabré aborde la question de l’alternance en ces termes : « L’alternance est possible partout, dès lors que les citoyens sont libres de voter. Et c’est le cas au Burkina. Beaucoup de gens dans notre pays soutiennent le régime en place et on le voit par l’expression de leurs votes à l’occasion des différents scrutins ; ils le font soit parce qu’ils pensent sincèrement que le pays est bien gouverné ; soit parce qu’ils ont des intérêts politiques, économiques, financiers ou personnels à défendre ; soit parce qu’ils estiment qu’il n’y a pas de meilleure solution de rechange, etc. Mais beaucoup aussi souhaitent l’alternance ; certains veulent l’alternance parce qu’ils veulent être gouvernés autrement, d’autres la souhaitent parce qu’ils pensent que certains de leurs problèmes personnels seraient vite réglés ; d’autres la veulent parce qu’ils espèrent ainsi que le pays se développerait plus vite ; etc. Le jour où la seconde catégorie sera plus nombreuse que la première, et s’exprimera dans les urnes, vous aurez l’alternance…. Donc réussir l’alternance nécessitera un travail très sérieux », in L’Observateur Paalga N°7292 du lundi 05 janvier 2009.

Cette interview a permis à notre confrère de dire qu’il est sorti du droit de réserve qu’il s’était imposé depuis son départ de la gestion de l’Etat. Ce que nous retenons est que Zéphirin Diabré en rupture de banc avec le CDP depuis décembre 1998 ( ?). Ce parti le soupçonnait d’ailleurs d’être le géniteur du Rassemblement Populaire des Citoyens (RPC). Monsieur Diabré se positionne aujourd’hui pour apporter « sa modeste contribution à la lutte du peuple burkinabè pour la conquête de la démocratie ». Il entend organiser un forum des citoyens avec d’autres Burkinabè pour cela. La question de l’alternance reste au centre des ses préoccupations. Nous avons simplement déploré le fait qu’il n’a pas répondu franchement à des questions sur la querelle entre le CDP et la FEDAP/BC et la succession probable de François  Compaoré à son frère. Il est bien vrai qu’il faut être prudent pour certaines questions mais Monsieur Diabré a donné l’impression qu’il y a toujours des sujets tabous au Burkina.

Nous pensons que pour l’engagement qu’il a pris, il ne devrait plus vouloir protéger ses relations personnelles avec certaines personnes. Parce qu’il ne pourrait pas avoir de forum des citoyens sans qu’on ne fasse le procès de la démocratie burkinabè. Si procès il y a, il y aura des accusés. Ou bien s’achemine-t-on vers un forum où personne n’est responsable de rien ? Il y a des responsabilités à situer. Si nous accusons le régime de tous les maux de ce pays, nous sommes aussi responsables parce que nous méritons bien ce régime-là.

 

Le coma politique

Nous sommes dans un pays où presque tout le monde se plaint mais tout le monde préfère le régime de Blaise Compaoré. Pourquoi ne reste-t-il pas au pouvoir si l’alternance n’est pas une préoccupation majeure des Burkinabè ? Nous avons refusé de défendre la Constitution qui avait pris toutes ces dispositions quand le pouvoir a modifié l’article 37. Ceux qui animent la vie politique ont toujours accepté des textes imparfaits espérant les parfaire dans les années à venir. Ils font chaque fois leur cet adage devenu une règle d’or : « un tien aujourd’hui vaut mieux que deux tu l’auras ». Mais le jeu politique est contrôlé de sorte que « demain on retire ce qu’on a donné hier ». On recommence à se lamenter.

Au total, la démocratie au Burkina fait un pas en avant, deux pas en arrière pendant que d’autres font des bonds en avant. Il y a des pays voisins où un président n’ose modifier l’article sur la limitation des mandats. Au Burkina c’est celui-là qui a fait écrire la Constitution qui la fait modifier quand il veut. La Constitution est devenue une loi privée.

Beaucoup de politiciens ont choisi la collaboration avec le pouvoir pour conquérir le pouvoir. Pourtant ce sont eux qui ont crée leurs partis pour cet objectif.

Au regard de la situation politique du Burkina, le régime de Blaise Compaoré bénéficie de plus de sympathie que d’adversité. De nombreux Burkinabè ont fini par se convaincre que Blaise Compaoré  détient seul la clé de la démocratie au Burkina. L’alternance aura lieu quand il le voudra. Attendons tous.

 

Nabi Youssfou               

 



12/01/2009
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