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Suspension de Salif Diallo/La version de la mise en scène est-elle plausible ?

Suspension de Salif Diallo

 

La version de la mise en scène est-elle plausible ?

 

L’interview de Salif Diallo dans L’Observateur Paalga suivie de sa suspension des instances du Congrès pour la Démocratie et le Progrès (CDP) fait toujours couler beaucoup d’encre et de salive. Chacun y va de son commentaire. La majorité de l’opinion pense plutôt à une descente aux enfers de Salif Diallo pour ses dissidences avec la famille présidentielle dirigée par François Compaoré. D’aucuns pensent aussi qu’il serait un acteur d’une mise en scène. Nous nous demandons si Salif Diallo pouvait être dans une telle mise en scène où il ne récolte que des humiliations.

 

Nous entendons souvent dire que nous avons un président fort dans un régime faible. Tout cela est une histoire qui a commencé le 15 octobre 1987 avec l’arrivée au pouvoir du capitaine Blaise Compaoré. Il devenu le maître incontesté et incontestable depuis l’assassinat  de  Thomas Sankara jusqu’à nos jours. On n’a point besoin de dire que le critiquer pouvait vous valoir la sanction suprême : la mort.

 

Les arguments de la mise en scène

 

La conséquence directe de la mainmise du président Compaoré sur toutes institutions de la IVè République a été la vassalisation ou la soumission de toutes les personnalités, des personnalités qu’il a façonnées pour le servir. Ce qui fait qu’une opinion veut que si une personnalité du système parle haut et fort ou fait quelque chose, ce soit la voix du Président Blaise Compaoré. Un son de cloche contraire à celui du maître est un crime de lèse majesté.

En début mai Zépherin Diabré invitait des Burkinabè au Forum des citoyens pour l’alternance. Nous avons entendu ici et là que ce forum aurait pu être inspiré par le président Compaoré. Cependant, quand il a été interrogé sur la tenue d’un conclave, sa réaction n’a pas été du tout aimable. Cela a fait l’objet d’un article dont le titre était : « Son antidémocratisme légendaire ».

Quand Salif Diallo a donné son interview, certains refusent de penser qu’il puisse tenir des propos où il remet en cause les fondements d’un régime qu’il a contribué à bâtir. Surtout que l’essentiel de l’interview s’articule autour de la gestion du pouvoir, donc implique de fait le président Compaoré. Ils se posent des questions du genre : pourquoi Salif Diallo propose-t-il un régime parlementaire dans lequel le chef de l’Etat aurait une fonction honorifique ? Quelle sera la finalité d’une telle proposition ?

Les tenants de la théorie de la mise en scène arguent sur une coïncidence de certains faits. Ils pensent que la suspension de Salif Diallo devait être suivie d’une exclusion du congrès. Si les congressistes ne l’ont pas fait, cela tient plus à la manœuvre qu’à l’autocritique que le parti attendait de lui.

Dernier argument soutenu par ces derniers, est la volonté du CDP de procéder à une révision constitutionnelle. Cette idée rejoindrait celle de Salif Diallo. Dans toutes les révisions constitutionnelles au Burkina, l’article 37 est le plus en vue. A l’étape actuelle, quel intérêt le CDP a-t-il à réviser la Constitution ? La limitation des mandats est claire. Cette clause n’a jamais plu aux tenants du régime. Sauter le verrou de la limitation pourrait être leur seul objectif.

En novembre 2015, le président Compaoré ne peut plus prétendre à un autre mandat. Le régime sera dos au mur. Il envisage déjà des bouées de sauvetage. C’est à ce niveau que nous voyons l’importance de la proposition de Salif Diallo. Le régime pourrait faire croire aux Burkinabè de son intention d’instaurer ce fameux régime parlementaire. Le président du Faso aura un titre honorifique, on a plus besoin de limiter les mandats. Voilà là où il rejoint l’idée de Salif Diallo.
Ne nous trompons pas, nous avons vu comment ce régime a fait de la démocratie dans notre pays. Il ne suffit pas simplement de passer à un régime parlementaire. Tant que le président Compaoré sera au pouvoir, nous ne voyons pas comment il peut s’empêcher d’avoir la main mise sur les institutions de la République. A tous les niveaux, nous aurons toujours ses hommes qui continueront d’appliquer à la lettre ses désirs. Le président Compaoré contrôle tellement les choses que même s’il se retire dans son parc à Ziniaré, il influencera toujours la vie politique nationale. En fin de compte ce changement de régime serait fait pour éviter que le président Compaoré quitte le pouvoir en 2015.

 

Les doutes sur la mise en scène

 

Le Congrès pour la Démocratie et le Progrès a réagi à l’interview en prenant en la décision de  suspendre Salif de ses instances. Le président Roch Marc Kaboré l’a traité de tous les noms. C’est une humiliation de Salif Diallo aux yeux de l’opinion. Un bloc s’est constitué dans le parti et dans la presse du pouvoir pour le descendre en flammes. Ce dernier serait-il aussi bête pour accepter une mise en scène où il est humilié? Pourquoi Salif Diallo accepterait-t-il d’être cassé pour être rétabli dans les années à venir ? Quelle est cette stratégie politique ?

Nous savons tous qu’au Burkina, seules les fonctions d’hommes d’Etat confèrent à beaucoup de personnalités une notoriété. Quand ils ne sont plus aux affaires, ils sont de simples citoyens.

Au total, l’affaire Salif Diallo restera un cas d’école. S’il est victime d’un acharnement politique, l’avenir nous le dira. S’il est aussi l’acteur d’une mise en scène, il est le seul à savoir quel le rôle qu’il jouera dans cette scène les jours à venir. S’il entend devenir un fossile du régime, il n’en sera pas le premier.

Cependant, il peut être utile à la démocratie et à l’alternance parce qu’il en a les capacités. Dans le cas contraire, les Burkinabè se convaincront qu’eux tous sans Blaise Compaoré, ne sont rien et ne seront rien. A lui de le prouver.

 

Nabi Youssfou



10/08/2009
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