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Salif Diallo candidat à la présidence en 2010 : le coup serait-il jouable ?

Salif Diallo candidat à la présidence en 2010 : le coup serait-il jouable ?

mardi 27 mai 2008.
 
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Salif Diallo

Salif Diallo pourrait-il, face à une candidature confirmée de Blaise Compaoré, faire comme Raila Odinga qui s’est présenté contre son allié Mwai Kibaki, s’inscrire à la course à la présidentielle comme challenger du chef de l’Etat ? Là-dessus, il y en aura plus qu’il n’en faut à parier pour ou contre, se fondant tant sur les données du contexte national que sur la personnalité de l’homme. Mais aura-t-il seulement le front de franchir le Rubicond ? C’est là aussi la question.

SALIF DIALLO PEUT-IL SEULEMENT FRANCHIR LE RUBICOND ?

Jusqu’à présent, on n’en parle pas vraiment ouvertement mais dans les cabarets, les salons, les rédactions, les Chancelleries, on doit bien se poser la question par rapport à l’avenir politique de Salif Diallo, et notamment au sujet de la possibilité ou non pour lui, de s’opposer à Blaise Compaoré jusqu’à se présenter contre lui à l’élection de 2010.

En s’en tenant particulièrement au profil bas qu’il adopte en apparence, à la nature des liens secrets qui l’ont uni à Blaise Compaoré et qui pourraient en faire -même malgré eux- des complices jusqu’à leur mort, et en s’en tenant aux résistances qu’il sait tapies et qui peuvent se déchaîner au cas où… contre lui, on pourrait dire qu’il n’ira pas jusque là. Mais si on prend en considération la passion qu’il a de la politique et même cette griserie qui l’a amené, comme aucun collaborateur de Blaise Compaoré ne l’a fait avant lui, à revendiquer la nomination au premier Ministère comme un dû et à rentrer en quasi dissidence avec son chef parce que ses exigences n’ont pas été prises en compte, il pourrait bien franchir le Rubicond. Il n’a rien à perdre. D’ailleurs, l’activisme que l’on sent autour de sa personne, même s’il se drape du sceau du spontanéisme, de l’indépendance, cache aux yeux de beaucoup, comme une mise en condition de sa sortie du bois.

CONTEXTE NATIONAL

Le contexte national peut-il donner des chances de succès à une telle candidature si elle était annoncée et confirmée ?

Oui, soutiennent ceux qui en réfèrent au besoin de changement et à un leadership qui puisse pour y parvenir, s’opposer efficacement à Blaise Compaoré. Il se trouve que l’exercice prolongé du pouvoir par les mêmes depuis plus de 20 ans a dérivé sur l’usure et sur bien de contradictions qui en sont la conséquence : rivalités exacerbées dans le parti présidentiel, grippage institutionnel, bataille pour la succession, relâchement des fidélités envers le chef, cristallisation de la vie nationale autour des clans avec pour résultat, un fléchissement de l’autorité de l’Etat. Tout cela peut être exploité adroitement par Salif Diallo qui apparaît au jour d’aujourd’hui comme celui qui en a, comme on dit, et qui peut porter haut l’attente de changement. Un boulevard semble d’autant plus se dessiner devant lui que l’opposition, qui a fait les frais de la démocratisation en trompe-l’œil dont il était le chef de chantier, est cantonnée dans une position marginale de résistance si de guerre lasse elle n’a pas opté pour la collaboration avec les différents clans du pouvoir afin de survivre.

Et la vie chère, qui souffle sur le pays comme un impitoyable harmattan, peut créer un besoin de Salif Diallo puisque le peuple est ainsi livré à la merci, comme toujours en pareil cas, des forts en thèmes et autres thaumaturges.

Mais attention, il y a l’autre versant de la montagne qui montre qu’une candidature de sa part ne se jouera pas comme sur du billard.

Il y a d’abord que le contexte, pour confus et marqué par des multiples crises qu’il soit, n’en révèle pas moins une volonté du pouvoir de lutter pour reprendre la main. L’éviction de Salif Diallo, qu’on disait impossible, en est déjà un signe mais un autre signe se trouve dans la création de la FEDAP/BC. Cette structure hybride, mi-politique, mi-société civile, on le voit bien, n’a de mission que de prendre à rebrousse-poil tous ceux que le chef de l’Etat a faits et qui ont, à son ombre, œuvré pour faire main basse sur le parti présidentiel et poussé des tentacules dans la vie politique, administrative, économique, militaire, diplomatique…, dans la perspective de bataille future de succession. La FEDAP/BC doit être l’instrument qui détricote tous ces réseaux qui récupèrent l’Etat pour sceller un nouveau serment d’allégeance au pouvoir et à son premier responsable.

Autre problème : si la refondation était acceptée et mise en chantier, la donne politique pourrait profondément changer et porter ombrage aux ambitions présidentielles de Salif Diallo. La remise à plat de la gouvernance qu’implique cette option, avec pour perspective de réhabiliter les fondamentaux de la bonne gouvernance, de mettre fin à la patrimonialisation des biens et missions de l’Etat, peut déconstruire le système qui avait permis de domestiquer les contre-pouvoirs, de récupérer bien de partis politiques d’opposition. Cela pourrait déboucher sur des vérités électorales qui ne laissent pas grande chance à quelqu’un qui est comptable du passé et surtout de ses sombres faits, quelqu’un qui n’a jamais aussi bien évolué que dans des situations exorbitantes de droit commun en se libérant du carcan du droit.

ELEMENTS TENANT A L’ HOMME LUI-MEME

Il y a le contexte mais il y a aussi les qualités et les défauts d’un candidat qui peuvent jouer pour ou contre lui. Ici, la polémique a aussi sa place.

Par exemple, il est indéniable que pendant tout le temps qu’il a passé auprès de Blaise Compaoré, Salif Diallo a su fortifier l’image de son maître mais sans oublier de construire la sienne propre. Etant aux premiers postes de la construction de l’Etat Compaoré, il a su en fortifier les bases politiques, financières, médiatiques, diplomatiques…

Mais s’il a servi l’homme qui lui a mis le pied à l’étrier avec audace et fidélité, il n’a jamais perdu de vue qu’il lui fallait, avec cette politique si ingrate, amasser des « poires pour la soif ». Ainsi, il est lui-même aujourd’hui crédité d’un capital politique, médiatique, relationnel mais surtout financier que l’on dit immensément confortable. Il a donc amplement les moyens de sa propre politique. Et comme par ailleurs, il a su apparaître à la fois comme l’homme des missions impossibles et comme un travailleur acharné, il saura jouer là-dessus également. De le voir tout le temps à la bourre à la télévision et dans les autres médias, la charrue entre les mains, déboulant d’un tracteur dans un champ pour chevaucher un caterpillar sur un chantier de construction d’un barrage, cela crée des impressions indélébiles dans les consciences.

Ayant une bonne maîtrise de la communication, sachant cadeauter -selon la formule consacrée- de retour de mission, il peut faire passer dans l’imaginaire que s’il a fait des choses pas très catholiques auprès de Blaise Compaoré, c’est parce que le chef de l’Etat lui-même n’était pas « clean » et que c’est ce dernier qui l’y aura poussé. Et il pourra revendiquer comme un fait absolutoire, le courage d’avoir osé, quand tout le monde se courbait, redresser l’échine pour dénoncer, au risque de perdre son poste, cette monarchisation à pas forcés du pouvoir, cette mise en orbite de François Compaoré que l’opinion très fortement n’approuve pas. Si Salif Diallo se présentait (et il peut le faire parce qu’il a le feu sacré de la politique et que s’il n’en faisait plus, le monde lui paraîtrait dépeuplé), ça pourrait faire mal. En effet, il a des amitiés importantes dans les milieux économiques, militaires, diplomatiques, médiatiques, ce qui n’est pas négligeable dans nos contrées africaines quand on vise le pouvoir suprême.

Mais les handicaps de l’homme fort de Ouahigouya, découlant de sa personnalité, ne manquent pas non plus.

Il n’a pas fait dans la dentelle pour déblayer le passage à Blaise Compaoré et renforcer les fondations de son pouvoir. Il a brisé des carrières, des ambitions, des vies. Il a ruiné des hommes, séparé des familles, des couples. Il a jusqu’en dehors du Burkina Faso, créé des peurs, des ressentiments, des haines qui lui collent à la peau. Dans l’opposition comme dans la mouvance présidentielle, il en est qui aimeraient bien au coin de la rue, la nuit tombante, ou en le croisant en rase campagne à la faveur d’une compétition électorale, lui rendre la pareille. L’ingratitude dont on accuse Blaise Compaoré pour l’avoir écarté sans ménagement du pouvoir lui est également renvoyée, lui qui ayant eu suffisamment son compte dans l’exercice du pouvoir, aurait dû accepter d’en être écarté comme bien d’autres l’ont été avant lui sans pour autant s’estimer victime d’un crime innommable. Il aurait pu aller jouir de sa fortune dans n’importe quel paradis du monde, s’occuper de sa santé qu’on dit fragile, sans se croire en devoir de se venger en voulant devenir calife à la place du calife, surtout qu’il a voulu marquer dans le marbre sa différence en se montrant comme celui des collaborateurs qui n’avait pour seule ambition que de servir son chef.

Et puis, ceux qui n’aimeraient pas voir l’ancien ministre briguer la candidature suprême, diront forcément qu’il n’a pas « assuré » tant que cela malgré sa présence médiatique quasi journalière à la TNB et dans nombre de médias. Et d’apporter des preuves : le coton OGM, les pénuries alimentaires, les barrages asséchés, les productions qui pourrissent sur place, les nombreux grands projets lancés en grande pompe mais lamentablement avortés comme la Ceinture verte, la gomme arabique, la briqueterie de Boromo, les unités agro-industrielles, les émeutes contre la faim… De politique agricole, au moment où on la replace enfin au cœur du développement, il n’y en a jamais eu que de fumeuse !

Par ailleurs, si Salif Diallo parle aujourd’hui de monarchisation du pouvoir et que c’est même à cause de ça qu’il a été éjecté, il ne faut jamais oublier (et cela ne pourrait qu’être un grand handicap) que c’est lui qui a participé à ce système, que c’est lui qui, le tout premier, a annoncé les couleurs du plastiquage du verrou de l’article 37 ! Tout à fait choquant alors aujourd’hui de retourner sa veste !

Enfin, un autre handicap : contrairement à Raila Odinga, Salif Diallo est arrivé aux affaires sans avoir une base politique. Il n’est pas issu, comme le nouveau premier Ministre kenyan, d’une grande famille politique régnant quasiment sur la moitié du pays !

Conclusion

Et bien, après tout cela, quelle conclusion par rapport à la probabilité et aux chances de cette candidature de Salif Diallo ? Elle tient en peu de mots : rien n’est tranché surtout que l’homme, joueur, manœuvrier à l’excès, pourrait décider de faire durer le plaisir en actionnant toutes les relations possibles et inimaginables de Blaise Compaoré pour reconquérir sa place de second en attendant de voir venir !

VT

San Finna



28/05/2008
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