repères, Il y a des valeurs........

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Forum des citoyens de l’Alternance/Le diagnostic du régime des Compaoré

Forum des citoyens de l’Alternance

 

Le diagnostic du régime des Compaoré

 

Les 1, 2 et 3 mai derniers, s’est tenu sur le site du SIAO, un forum dénommé « forum des citoyens de l’alternance ». Présidé par l’ancien ministre, ancien président du Conseil Economique et Social, monsieur Zéphérin Diabré, le forum a réuni plus de 200 personnes représentant la société civile et des partis politiques et d’autres couches. Elles ont mené la réflexion sur la question de l’alternance démocratique au Burkina Faso.

 

 

Pendant trois jours, les participants ont échangé sur les questions politiques, de développement et de société qui paraissent être des obstacles à l’avènement de cette alternance. Des perspectives ont aussi été tracées pour une solution à la question posée.

 

Le péché originel

 

Le constat d’une démocratie confisquée a été fait. Qualifiée de « péché originel », elle semble être la source de tous les maux de notre pays : « le système politique burkinabè institué par le président Compaoré se caractérise depuis son origine par son ambivalence. Dès l’origine en effet, la transition démocratique au Burkina Faso apparaît davantage comme un changement graduel au sein du régime qu’un changement graduel du régime et débouche sur une démocratie surveillée, contrôlée, impulsée d’en haut à bien des égards. (….), autrement dit, sur un système politique qui a plutôt réussi la performance de se stabiliser en intégrant les formes de la démocratie libérale dans sa gouvernance autoritaire. Comme l’ont fait observer plusieurs analystes, ce type de régime hybride autorise la création et l’activité de partis, d’organisations de la société et d’une presse indépendante, avant tout afin de s’assurer le soutien des pays occidentaux ; mais referme en revanche le jeu politique au travers de dispositifs informels. Il ne s’agit donc pas d’un régime nécessairement en chemin vers l’amélioration et la consolidation d’une démocratie, mais d’un système qui, en maintenant une apparence démocratique, permet de ne pas exposer le pouvoir au risque du pluralisme et de la libre compétition ». Cette démocratie confisquée constitue l’un des fondements de la soif ou du besoin d’alternance. Cet état de faits est corroboré par des indices qui expriment l’aspiration des Burkinabè à être mieux gouvernés.

On peut citer entre autres : les poussées de colère ouverte ou sourde, la perte de l’autorité et de la crédibilité de l’Etat et des relais habituels de la contestation sociale, les dissensions au sommet et la levée des tabous politiques, la désaffection électorale, le renouveau de la liberté d’expression, les révélations des enquêtes d’opinion etc. Des débats enrichissants ont permis aux participants de faire des critiques sur le comportement de l’opposition et la société civile quant à l’insuffisance de leur combat pour l’alternance.

 

Les questions de développement

Elles sont posées en termes de vrais résultats de notre  développement, d’orientation, d’organisation et de gestion ; de gestion des opportunités et des contraintes et de financement du développement etc. En effet, la croissance économique est marquée par sa faiblesse d’une part et par son instabilité d’autre part. En moyenne de 1990-2008, elle est ressortie à 5,2 %. Le taux le plus faible est négatif au début des années 1990. Le plus élevé est de 11% dans les années 1996. Cette croissance varie fortement d’une année à l’autre, en fonction des conditions climatiques. Comparée à notre accroissement démographique qui dépasse les 3%, il apparaît clairement que cette croissance est incapable d’assurer une transformation qualitative au niveau individuel et collectif.

Cette croissance est incapable de vaincre la pauvreté. En près de 20 ans de réformes économiques, la proportion de Burkinabè vivant sous le seuil de pauvreté est passé de 44,5% en 1994 à 45,3% en 1998, puis 46,4% en 2003. Ce pourcentage va sans doute augmenter avec la crise actuelle. Au-delà des chiffres et des statistiques, la réalité vécue sur le terrain est celle de populations ayant toutes les peines du monde à assurer leur minimum quotidien.

Un développement de plus en plus inégalitaire. En effet, au Burkina, 10% des plus pauvres détiennent seulement 2,8% des revenus, contre 32,2% pour les 10% les lus riches. 20%  des pauvres détiennent 6,8% des revenus, contre 47,2% pour les 20% les plus riches.

Les questions de développement sont aussi posées en termes  de vision et de l’orientation de ce développement. Toutes les politiques de développement du Burkina ont été conçues dans le moule du consensus de Washington et des programmes successifs qui en ont été l’illustration : Programmes d’Ajustements Structurels (PAS), Cadres stratégiques de lutte contre la pauvreté etc.

Dans le cadre de ces politiques, on a observé un foisonnement des programmes et projets de développement touchant à des secteurs précis. L’impression qui se dégage, c’est que toute la dynamique est davantage poussée par la communauté des bailleurs de fonds, et que le régime ne fait que s’approprier la démarche en l’adaptant à la sauce locale. Jamais il n’a été question d’un projet de société en bonne et due forme, déclinant de manière précise le type de vécu en commun que nous voulons.

 

Les questions de société

Les participants se sont posé la question de savoir si la société burkinabè était en crise ? Partant de la définition d’une crise sociale par certains auteurs : « Il y a crise quand l’équilibre existant (dans un groupe ou une collectivité) est rompu et que ce déséquilibre est ressenti soit comme angoissant, démoralisant, désorientant, menaçant, soit comme un signe d’espoir, de vie nouvelle, une promesse de libération. Courte ou longue, lente ou soudaine, locale ou généralisée, la crise est une transition entre un ancien état de stabilité relative et la recherche d’un nouvel équilibre ». Cette définition traduit l’état actuel de la société burkinabè. Quelles sont les manifestations de la crise : la perte des valeurs morales fondamentales, les déviances sociales, l’instauration de l’individualisme, la perte de la solidarité mécanique, l’expansion de la corruption, etc.

Au total, les participants ont passé en revue toutes ces questions parce que la mise en œuvre de l’alternance au Burkina passe par la prise en compte de toutes ces questions.

Nabi Youssfou

 

 

 

 



09/05/2009
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