repères, Il y a des valeurs........

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Simon Compaoré contre le Collectif/Le maire a-t-il la mémoire courte ?

Simon Compaoré contre le Collectif

 

Le maire a-t-il la mémoire courte ?

 

Le 5 janvier dernier, le jour de rentrée scolaire après les congés du premier trimestre, les responsables du Collectif des organisations démocratiques de masse et de partis politiques répondaient pour la deuxième fois à une convocation de la gendarmerie nationale. La première fois, c’était le 15 décembre, ils ont été entendus sur le sujet des autocollants de Reporters sans frontières collés sur les avenues empruntées par les marcheurs du 13 décembre dernier. La deuxième convocation est plus grave parce que les responsables du Collectif se sont vus notifier une plainte déposée par le maire de Ouagadougou pour : «  avoir rebaptisé des rues, utilisé des armoiries de la mairie et détruit des édifices publics, etc. ». Ainsi donc un procès se prépare pour les dirigeants du Collectif.

 

Depuis le drame de Sapouy, le maire Simon Compaoré s’est toujours illustré par des actes contre le Collectif contre l’impunité. La plainte qu’il a déposée pour que justice lui soit rendue est de bonne guerre si sa détermination est que tout citoyen doit répondre devant la justice. Mais le maire de Ouagadougou a-t-il seulement un différend avec le Collectif contre l’impunité ? N’avait-il pas aussi intérêt à demander justice quand le marché Rodwooko a brûlé ? Quand les militaires ont détruit la sirène de la Mairie ? Quand le rapport de la Cour des comptes l’accusait dans une passation de marché ? Pourquoi le téméraire qu’il est, a-t-il opté pour le profil bas ?

 

Les aventures malheureuses du maire

Le maire de Ouagadougou est le premier homme politique à avoir posé très tôt un acte après le 13 décembre 1998. En effet, le mardi 15 décembre 1998, les élèves et étudiants de la ville de Ouagadougou sont sortis crier leur colère suite au quadruple assassinat de Sapouy. Sur leur passage, ils avaient fait un tour au siège du Congrès pour la Démocratie et le Progrès (CDP). Ils avaient saccagé un car et brisé les vitres du siège. Dans la même journée, Simon Compaoré, alors Secrétaire Général du CDP avait fait une sortie médiatique au cours d’un journal parlé pour égrener devant l’opinion les biens que son parti et sa ville ont perdu dans ces manifestations. La suite, on la connaît. Avec ce propos, il a mis le feu à toutes les grandes villes du pays. Parce que les Burkinabè choqués avaient estimé que rien de matériel n’était au-dessus des quatre vies humaines brûlées et calcinées à Sapouy.

Le Collectif contre l’impunité le retrouvera à deux reprises sur son chemin en mai 1999 et le 13 décembre 2000. La semaine qui a suivi la publication le 7 Mai 1999 du rapport de la Commission d’Enquête Indépendante (CEI), la ville de Ouagadougou avait connu des manifestations scolaires de rue. Le maire Simon Compaoré a commandité une expédition punitive au domicile du président du Collectif, Halidou Ouédraogo, son voisin de quartier.

Le 13 décembre 2000, il y a eu des manifestations de rue à Gounghin malgré l’interdiction de manifester prise par le gouvernement à la suite de l’assassinat de l’élève Flavien Nébié. Le maire de Ouagadougou, comme Zorro aidé par des badauds armés de gourdins était venu pour y mettre fin. Ses forces ont été mises en déroute. L’on raconte que le maire Simon Compaoré a escaladé le mur de la maternité de Gounghin pour échapper à la vindicte populaire.

Huit ans après, revoilà le sacré maire de Ouagadougou dans une histoire de plainte contre le Collectif contre l’impunité. Il s’est toujours présenté comme un fossoyeur des libertés. Le 1er mai 1998, il avait délimité des zones rouges pour empêcher les travailleurs de marcher dans la ville de Ouagadougou. Ce jour-là, il eut un échange verbal virulent avec le Secrétaire général de la CGT-B, Tolé Sagnon.

 

Simon Compaoré a-t-il foi en la justice ?

 

Simon Compaoré attaque le Collectif en justice parce qu’il est le maire de la ville dans laquelle les actes ont été posés le 13 décembre 2008. C’est de bonne guerre qu’il se sente blessé dans son amour propre comme au premier jour où les biens de son parti ont été détruits. Comme au premier jour, le maire a-t-il oublié que les actes pour lesquels il cherche justice ne sauraient remplacer les cadavres de Sapouy. La justice qu’il réclame est-elle plus importante que celle que les Burkinabè réclament pour cette affaire Norbert Zongo ? Non ! il n’y a pas de justice plus importante. Chaque citoyen a droit à la justice. Au nom de cette même logique, nous aurions voulu que la justice soit rendue par ordre de plainte. Nous aurons souhaité que cette témérité du maire vaille pour les cas suivants.

Le 27 mai 2003, le marché Rodwooko a brûlé. Jusqu’à l’instant où nous traçons ces lignes aucun responsable n’a été désigné dans cet incendie. N’y a-t-il pas de responsabilité à situer ? Ce sont des milliards qui sont partis en fumée. Il a fallu des milliards pour la reconstruction dudit marché.

Les 20 et 21 décembre 2006, des militaires ont détruits des biens publics, même municipaux. La sirène municipale en a pris un coup. A notre connaissance, aucun militaire n’a été interpellé pour répondre de ses actes. Nous n’avons pas entendu le maire se prononcer sur cette douloureuse question.

Le dernier cas qui aurait permis au maire de Ouagadougou de laver son honneur est le rapport de la Cour des Comptes qui le mettait en cause dans la passation du marché de réfection de la Mairie centrale. A la sortie dudit rapport, le maire tout furieux avait laissé entendre qu’il porterait plainte. Nous ne savons plus ce qu’est devenue cette histoire.

 

Simon a-t-il tort ?

 

A l’annonce de la plainte du maire contre le Collectif, notre confrère Fasozine s’est posé les questions : Que va chercher Simon dans cette galère ? Quelle mouche a bien pu piquer le bourgmestre de la capitale pour qu’il en arrive là ? Le confrère dans son analyse argue sur le fait que les autorités avaient opté pour un profil bas dans la gestion de l’affaire Norbert Zongo. Nous aurions pu dire aussi qu’il cherche des problèmes. Aucun acte politique n’est fortuit au Burkina. Nous pensons que le maire Simon Compaoré cherche des points en haut lieu après tout ce qui a été dit sur ses difficultés politiques avec les décideurs du moment. Mais son coup pourrait donner un effet contraire. Rien n’est moins sûr.

Si tout quidam peut poser plainte contre le Collectif, c’est peut-être comme le disent les mossis : « le foyer s’est refroidi et les chiots se couchent dedans ». Comment comprendre qu’avec la dernière mobilisation du 13 décembre, le maire ose déposer une plainte. Ainsi il a lancé un défi au Collectif contre l’impunité. Nous pensons qu’il n’y a pas de parenté à plaisanterie entre eux. Si le Collectif avait réglé leur compte depuis dix ans, il y en a qui n’auraient plus le pouvoir à plus forte raison envoyer ses responsables en justice.

 

Nabi Youssfou

 



12/01/2009
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