repères, Il y a des valeurs........

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Blaise Compaoré et l’Alternance démocratique/Son antidémocratisme légendaire !

Blaise Compaoré et l’Alternance démocratique

 

Son antidémocratisme légendaire !

 

A la sortie de la cérémonie d’installation des nouveaux conseillers du Conseil Economique et Social (CES), le 5 mai dernier, les journalistes ont voulu avoir le point de vue du Président Blaise Compaoré sur le forum qui venait de se tenir sur l’alternance. Comme à son habitude, la question ne semble pas le préoccuper outre mesure. Encore faut-il que cela ne l’intéresse pas vraiment? Parler d’alternance au Burkina c’est parler de son départ et celui de son régime.

 

 

En 21 ans de « renaissance démocratique », les Burkinabè savent ce qu’ils ont eu et perdu sous le régime du Président Blaise Compaoré. Nous ne pensons pas que le peuple a plus gagné que les dignitaires du régime. Ce n’est pas parce que le peuple est satisfait qu’il n’y a pas d’alternance. Les réflexions du forum sont des sources d’information sur la question. Le président Blaise Compaoré a lancé un défi à tous ceux qui croient en la démocratie.

 

La démocratie de la force

 

L’alternance est une pierre angulaire dans la démocratie. Nous disons bien dans la démocratie. Elle est même consacrée dans la Constitution votée le 2 juin 1991 en son article 37 par la limitation des mandats présidentiels. Le Président Blaise Compaoré, en tripatouillant cet article pour avoir plusieurs mandats s’est illustré comme un antidémocrate, donc un fossoyeur de l’alternance. Quoi de plus normal que des propos du genre : « Je crois que lorsque nous sommes en République, lorsque nous avons un peuple qui est souverain, le peuple naturellement organise l’alternance quand il veut. Je pense que c’est un débat théorique, qui pour moi, n’a pas de grande valeur. Je crois que ce qui compte, c’est l’action politique, ce qui compte pour ceux qui dirigent, c’est leur bilan, puisque c’est les peuples qui font l’alternance sur la base des bilans. Donc le débat pour moi c’est normal puisqu’on est en Etat de droit. Mais je crois qu’il nous faut penser à ce peuple souverain qui, au regard des bilans des dirigeants peut organiser l’alternance ou pas ». Blaise Compaoré, interrogé par la TNB, le mercredi 05 mai 2009.

De tels propos ont un intérêt à tout point de vue. Le doute est peut être levé sur son probable parrainage souterrain du forum.

C’est le Président du Faso qui a parlé. Elu « démocratiquement » trois fois, il a fait deux mandats de sept (7) ans et il est à son premier mandat de cinq ans. C’est cela l’alternance pour le Président Compaoré. Selon lui, il a été réélu à trois reprises parce qu’il a eu des bilans positifs. La démocratie est-elle réellement une question de bilans ?

Ce n’est pas la première fois que le Président Compaoré lie ses bilans à son maintien au pouvoir. Nous avons une fois relayé ses propos tenus au 7ème forum sur la gouvernance en Afrique, tenu du 21 au 24 octobre 2007 à Ouagadougou. En effet, à la cérémonie de clôture, une députée ougandaise avait interpellé les présidents Compaoré et Kagamé sur cette notion de bonne gouvernance et leur longévité au pouvoir. Voici la réponse du Président Compaoré : « La question est peut être adressée à moi, puisque Kagamé a moins de temps que moi au pouvoir. J’ai 20 ans et quelques jours. La question de la bonne gouvernance, ce n’est pas une question de limitation de mandats. Même dans les démocraties avancées, on ne limite plus les mandats. Ce qu’il faut surtout voir, c’est ce que les dirigeants font pour les populations ».Tonnerre d’applaudissements de ses ministres.

Un autre exemple qui avait fini de nous convaincre que le Président Compaoré ne quittera pas volontairement le pouvoir. L’ancien président mozambicain Joachim Chissano, lauréat du prix Mo Ibrahim, invité d’honneur du forum a dit qu’avant de quitter le pouvoir, il avait tenu à dire au revoir à ses pairs africains dont le Président Blaise Compaoré. Le Président Chissano a dit : « Le Président Compaoré m’a félicité pour ce que j’ai fait à la tête de mon pays. Il m’a dit que je travaillais bien. Pourquoi partir alors ? J’ai répondu que celui qui va me succéder est un camarade que je connais très bien. Il pourra continuer l’œuvre du FRELIMO engagée depuis la lutte pour l’indépendance ». Une bonne réponse. Une belle leçon. Au Burkina, une seule personne pense qu’elle est la seule à pouvoir construire tout le pays. Cela est surhumain. On ne finira jamais de travailler pour son pays. Ce n’est pas au poste de président qu’on est utile ou indispensable. Le président Compaoré a-t-il cette hauteur de vue ? Il pense qu’il finira de construire le Burkina avant de le passer à un autre. Ce n’est pas possible.

 

Zéphirin donne-t-il déjà des insomnies ?

 

Dans son mot de clôture du forum, Zéphirin Diabré a été très clair sur la question de l’alternance: « On entend beaucoup dire ici et là que la question de l’alternance est une question taboue dans notre pays. Non, l’alternance ne peut pas être une question taboue en démocratie. Une démocratie dans laquelle on ne discute pas de l’alternance, et dans laquelle il n’y a pas alternance, n’est pas une démocratie. C’est un marché de dupes. Et puis pour nous, que ce soit en politique ou ailleurs, rien n’est tabou dès lors qu’il s’agit de l’avenir de notre pays, de notre avenir, et de celui de nos enfants ».

En dehors du président Compaoré, nous avons entendu des acteurs politiques s’égosiller sur la question en arguant sur l’arbitrage des urnes. Cependant, en disant que l’alternance n’est pas d’actualité, c’est plutôt une défense des intérêts individuels. Le cas du député Amadou Diemdioda Dicko est illustratif. Il a été ministre délégué pour quelques jours dans le régime de Blaise Compaoré. Encore faut-il qu’il ait un tel privilège si ce n’est sous ce régime.

Le forum des citoyens pour l’alternance n’a rien laissé au hasard, il a fait le constat suivant sur les élites: « Par peur, par lâcheté, par crainte de perdre des privilèges, par hypocrisie, par duplicité, par prudence excessive, par recherche des facilités, des honneurs, et pour de multiples autres raisons, la majorité des élites s’est murée dans un silence assourdissant, refusant d’assumer leur rôle d’éclaireurs, de conscientisation, préférant à la prise de parole citoyenne le zèle ou la loyauté de façade pour les moins courageux, et les murmures et les critiques en off pour les plus courageux ».

Les membres du forum des Citoyens de l’alternance n’ont été pas égoïstes, ils estiment que même les mouvanciers peuvent faire partie de la Coalition électorale à construire. Il n’y aura pas de chasse aux sorcières. Néanmoins, il faut que chacun contrôle ce qu’il dit pour mériter le repentir quand il y aura l’alternance. Et elle aura lieu. Tôt ou tard.

 

Nabi Youssfou

 



18/05/2009
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