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Crises universitaires/Tirer les leçons pour sauver l’université

Crises universitaires

 Tirer les leçons pour sauver l'université

 

La crise universitaire de cette année vient de prendre fin avec le retour des étudiants dans les amphis le 1er septembre dernier. Depuis le 17 juin dernier, elle a occupé le devant de l'actualité nationale et internationale marquant ainsi l'intérêt que les Burkinabè accordent à leur université.

Les autorités ont mis à profit les deux mois et demi de fermeture pour proposer des solutions aux revendications des étudiants. Elles en ont ajouté d'autres telles que la construction du mur et la mise en place d'un service de sécurité des universités. Si aujourd'hui, l'opinion s'est réjouie de la reprise des cours, il est aussi capital de tirer les leçons pour que l'université sorte de ces crises à répétition.

 

Il y a eu des crises universitaires en 1990, 1992-1993, 1994, 1996-1997, 1999-2000. Leurs causes, ce sont des revendications liées aux conditions de vie et d'étude des étudiants. Pourquoi ces crises sont-elles récurrentes ? Les étudiants s'inscrivent-ils seulement dans la logique contestataire ? Pourquoi les autorités optent-elles toujours pour la stratégie de casser de l'étudiant ?

 

La revendication estudiantine reste légitime

 

Quand les étudiants exposent leurs problèmes, tout le monde est unanime à reconnaître leur justesse. Les problèmes des étudiants sont connus de tous parce qu'on est soit passé par là, ou qu'on connaît un étudiant qui s'y trouve.

Face à ces problèmes d'essence purement sociale, d'infrastructures, d'enseignants, de restaurants universitaires, quelles attitudes les étudiants devraient-ils adopter ? Se taire, accepter que la situation actuelle n'est la faute à personne ? On prend son mal en patience parce qu'on n'a que quelques années d'études à faire (2 à 8 ans) ou on attend la première occasion pour quitter cette galère (concours de la Fonction publique). L'autre voie, c'est de faire partie de ceux qui pensent que la revendication permet de faire connaître les problèmes. La lutte améliorera un tant soit peu les choses. Cette dernière attitude est celle des syndicats estudiantins. Par exemple, l'ANEB a mené en quatre ans deux luttes pour faire accepter l'aide qui est octroyée aux étudiants. Au regard de la résolution des crises, la voie de la lutte est implicitement encouragée par l'attitude des autorités. Pas de luttes, point de solutions aux problèmes. Des personnes très intelligentes ont été portées à la tête du ministère des enseignements et des universités pour faire l'état des besoins de leurs services dont ceux des étudiants. L'autre tâche est de défendre ces priorités devant l'autorité compétente pour trouver les moyens de les réaliser. Le Professeur Jean Koulidiati avait dit sur les écrans de la télévision nationale que s'il a été choisi pour diriger l'université, c'est qu'il était l'homme du moment. Nous sommes tout à fait conscients de la limite de leur marge de manœuvre. Tout est question de volonté politique. Nous constatons que la construction de la présidence de l'université entamée sous l'ère Paré n'est pas encore terminée. Mais en un mois, les mêmes autorités ont construit un mur qui coûterait près d'un demi-millard de francs CFA. Les autorités universitaires disent connaître les problèmes de l'université. Elles sont de mauvaise foi, quand elles sont surprises par les revendications des étudiants. Elles font croire que les plates-formes qui leur sont soumises ne font pas partie des priorités. C'est cela que les étudiants appellent « mépris ». Cette absence d'écoute les contraint à accentuer les grèves et autres formes de lutte. Pour que les autorités réagissent, il faut que la presse en fasse échos. Les premières réponses qu'elles donnent aux étudiants frisent l'arrogance. C'est le cas des propos du genre « les amphis ne se construisent pas en un mois ». Cela est vrai. Le devoir de l'autorité était de constater ce manque d'amphis et d'anticiper leur construction avant que les étudiants n'en fassent une revendication.

 

L'ANEB et les autorités

 

Toutes les luttes menées par l'Association Nationale des Etudiants Burkinabè (ANEB) ont été traitées de la même manière par les autorités. La lutte de cette année est illustrative : répression féroce le 17 juin, arrestation et jugement d'étudiants, fermeture des restaurants et suspension des prestations sociales, etc. C'est un scénario qui avait été joué en 1996-1997, en 1999-2000. L'inimitié s'est toujours manifestée par le fait que les autorités accusent l'ANEB d'être manipulée par le PCRV avec des intentions déstabilisatrices du régime. Pourtant, en deux décennies de luttes marquées par la paralysie de l'université, ce putsch n'a jamais abouti. Cette même inimitié a justifié la répression de mai 90 qui a entraîné la disparition de l'étudiant Dabo Boukary.

Toute la répression qui s'abat sur les étudiants à chaque crise vise à porter un coup fatal à cette structure. Dans la même logique, les autorités mettent à contribution d'autres associations estudiantines dans sa propagande de diabolisation et d'intoxication. Malgré tout, l'évolution des crises fait de l'ANEB l'interlocutrice de choix pour les sorties de crise.

La crise de cette année a révélé une fois encore que les autorités devraient apprendre à faire l'économie de ces considérations pour dialoguer franchement et à temps avec cette structure. C'est le seul gage de sérénité et de quiétude sur le campus.

 

Le politique dicte sa loi à l'université

 

L'université de Ouagadougou a toujours eu des instances qui décident de la vie universitaire. En effet, des têtes bien pensantes y siègent. Cette année, l'autorité ministérielle s'est mise sous le couvert de ces instances pour prendre toutes ces mesures.

Quand ces instances faisaient des propositions de réaménagement du calendrier pour sauver l'année, l'université fut fermée pendant deux mois et demi. Ce temps aurait profité au monde universitaire si la volonté était de trouver des solutions aux revendications des étudiants avant le 17 juin 2008.

Il faut se rappeler qu'en 2000, l'Assemblée générale de l'Université, l'instance décisionnelle de l'époque, avait défendu l'idée selon laquelle l'année pouvait être sauvée. L'Université fut fermée et le 6 octobre 2000, le régime de Blaise Compaoré décidait de l'invalidation de l'année afin de mettre en œuvre la refondation de l'université. Ce sont les conséquences de cette dernière qui continuent jusqu'aujourd'hui.

Ces instances gagneraient à être véritablement des tribunes de vrais débats intellectuels pour l'intérêt de l'université burkinabè. Parce que les décisions qui ont tendance à mettre en conflit les étudiants et leurs enseignants sont des freins à la bonne marche de l'université.

La lutte des étudiants a toujours été bénéfique aux enseignants. Elle ne devrait pas être source de conflits.

 

Ben Youssouf



15/09/2008
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