repères, Il y a des valeurs........

repères, Il y a des valeurs........

Merci Norbert

Merci Norbert…..

Norbert Zongo a consacré plus de dix ans de sa vie à ce métier si noble : le journalisme. Norbert Zongo s’est fait connaître par l’opinion nationale et internationale à travers un type de journalisme, le journalisme d’investigation. Depuis son assassinat, le dimanche 13 décembre 1998, beaucoup de bien a été dit sur lui, comme pendant son existence. Grand patriote, défenseur des libertés individuelles et collectives, défenseur des veuves et des orphelins, un éducateur, éveilleur de consciences, etc. Il l’a été. Beaucoup de jeunes ne l’ont connu que quand il a été assassiné. Norbert Zongo, avec sa plume a tracé pour les Burkinabè les voies à suivre pour plus d’intégrité, de justice, de liberté, de démocratie pour leur pays. Ceux qui ont su le lire en ont tiré la substance. Ceux qui n’ont pas voulu le faire l’ont éloigné de nous. 16 ans déjà 

 

La manière d’assassiner Norbert Zongo et le sort qui a été réservé à son dossier  révoltent plus d’un burkinabè. Norbert Zongo a payé pour nous les errements d’un régime militaire et pseudo-démocratique. Tout ce qu’il disait de ce régime se vérifie aujourd’hui. Il a été fait, il n’y a rien eu. Personne n’a été jugé. Son dossier classé.Une pensée de Martin Luther King nous réconforte : « La mort est inévitable, ce n’est pas une aristocratie pour quelques uns, c’est une démocratie pour tous. Il faut mourir de quelque chose ».

Son attachement au peuple

Etre journaliste était déjà un contrat qu’il a pris avec le peuple afin de lui donner des informations. Le travail abattu par Norbert Zongo pendant des années qui en est la preuve. Toutes ses références ne l’éloignaient pas de son peuple. Il disait : « Il n’y a pas d’action majeure pour l’homme qui n’a pas confiance en lui-même, qui n’a pas foi en son peuple. Certes, la notion de peuple a été galvaudée. Elle fait peur à juste titre à beaucoup de gens parce qu’au nom du peuple on a tué, assassiné froidement, au nom du peuple on a pillé des pays et violé les droits les plus élémentaires de l’Homme », in L’Indépendant n°195 du 06 Mai 1997. Norbert Zongo a écrit pour montrer son attachement aux valeurs de justice, de liberté et de démocratie. Ces valeurs sont celles qu’aspire les peuples. Norbert Zongo défendait ces valeurs. Dans l’éditorial de l’Indépendant du 18 Août 1998, il proclame : « Quand on se met au service d’un peuple, on ne se lasse jamais. C’est le seul amour dont on ne peut se défaire quand on a réellement aimé ». Son message était adressé à tous les Burkinabè, particulièrement aux gouvernants, qui se soucient peu du peuple. C’était aussi une invite aux Burkinabè de faire de l’intérêt du peuple le repère de leur combat.

C’est pourquoi d’ailleurs, il s’en prenait aux intellectuels pour leur démission. Norbert Zongo aimait situer la responsabilité de chaque burkinabè dans la situation actuelle du pays. A cet effet, il interpellait incessamment les intellectuels burkinabè qui sont à la solde du régime, mais aussi ceux qui excellent par leur silence. Il revenait toujours sur ces intellectuels qui sont aux commandes du Conseil Supérieur de l’Information (CSI) et ceux-là qui peuplent aujourd’hui le méga parti majoritaire. Norbert Zongo dénonçait leur attitude en ces termes : « La classe intellectuelle assiste en silence à tout ce pourrissement. Elle évite de critiquer le drame naissant. Ils disent des arguties du genre : je m’en fous. Si ça tombe, je ne serai pas le seul à payer. Je ne peux pas risquer ma vie, mon emploi, la quiétude familiale en critiquant ce qui allait se passer ». Henri Sebgo allait jusqu’à se poser un certain nombre de questions : Pourquoi un intellectuel confirmé peut-il écouter un responsable politique d’une myopie et d’une carence intolérables lui lancer à la face des injures les plus abjectes sans réagir ? Parce que malgré sa myopie et ses insuffisances, cet homme politique peut lui enlever des privilèges matériels. Par exemple, un homme politique incapable de dominer ses instincts bestiaux comme la colère, la hargne traite de tous les noms d’oiseau et d’animal domestique un recteur d’université, un homme cultivé et mûr sans qu’il n’y ait le moindre rappel à l’ordre, c’est tout simplement parce qu’il n’y a pas d’Avoir pour soutenir l’Etre ». Il poursuit sa réflexion : « accordez aujourd’hui le titre d’intellectuel à un Burkinabè parce qu’il le mérite. Demain vous le verrez se faire ridiculiser par un petit tartampion qui a découvert la gloire, les honneurs et la fortune un seul soir au détour d’un putsch. Utilisé, pressé, sucé comme une orange, on jette l’intellectuel vide dans la poubelle des oubliettes. Parce que tout simplement son Avoir n’a pas soutenu son Etre ». L’exemple du parti CDP est très significatif : « Le CDP, fourmille d’intellectuels de très hautes factures condamnés soit au silence, soit à la métamorphose en minables griots, prêts à chanter les louanges des orfèvres de l’amalgame, de la bêtise et de l’irresponsabilité. Parce que tout simplement s’ils osent élever la voix, ils le payeront de leur Avoir », in Editorial de L’Indépendant n°187 du 11 Mars 1997.

C’était il y a 17 ans. De nos jours, bon nombre d’intellectuels ont rejoint le système. Ils sont prompts à développer les thèses les plus invraisemblables pour le maintien du système. Le débat autour de la modification de l’article 37 est patent. Nous avons entendu toute sorte de phraséologie sur la question pour simplement défendre la modification de l’article. Ne voulant pas participer au débat politique sur la place publique, ils ont laissé le boulevard au député Mahama Sawadogo qui est devenu un spécialiste des questions juridiques et constitutionnelles.

 

 

 

 

La liberté d’expression et la liberté de la presse

Norbert Zongo a toujours dénoncé et combattu les attitudes antidémocratiques  visant à restreindre les libertés reconnues par la Constitution. A propos de la liberté de la presse, il disait : « Nous aurions aimé être réellement une référence, un modèle de presse libre et indépendante. Mais nous sentons que c’est très loin, loin à atteindre parce que nous croyons l’avoir atteint déjà ». La mise en place du Conseil Supérieur de l’Information (CSI) à l’insu des journalistes a été toujours condamnée par Henri Sebgo. Il le rappelait tout temps que c’était une violation du Code de l’Information. Norbert Zongo dans l’éditorial de L’Indépendant du 4 Mars 1997 ajoutait : « La liberté d’expression, la liberté de presse ne valent que par leurs impacts positifs sur l’ensemble du processus démocratique. Quand on viole la constitution et que la presse le dénonce, cela ne saurait suffire. Il faut que cette dénonciation entraîne un retour à l’ordre normal des choses ». Le slogan inscrit sur la première page de l’Indépendant : « la liberté d’informer, le droit de penser » résumait son combat. L’assassinat de Norbert Zongo pour ses opinions reste la tâche noire de la liberté de presse et la démocratie au Burkina. Qu’avons-nous obtenu jusque-là ? D’aucuns pensent que les espaces de liberté se sont agrandis. La presse continue bon lan mal an son travail. La presse d’investigation tente de combler le vide laissé par Norbert Zongo. Les journalistes ont maintenant une convention collective et une carte de presse même si leurs bénéfices tardent à s’appliquer. Les autorités se sont engagées à donner l’accès aux sources d’informations mais le monde de médias veut d’une loi qui encadre cette volonté. La question de la dépénalisation et de la relecture du Code de l’Information est toujours lettre morte.

Du fonctionnement du Conseil Supérieur de la Communication, les observateurs conviennent qu’il y a une nette amélioration par rapport aux années de sa création. Le seul problème, la presse privée se plaint des auditions sur des articles jugés diffamatoires parce qu’ils incriminent des personnalités. Ces dernières ont trouvé la parade de se plaindre au CSC avec comme résultats des remontrances aux organes auditionnés. Le résultat, les dossiers sont vite abandonnés par les organes.

 

La démocratie

Norbert Zongo a toujours fait étalage des limites démocratiques du gouvernement de la 4e République. En effet, il dénonçait tour à tour la mauvaise confection des listes électorales, l’établissement des cartes électorales, l’organisation de la fraude, la mise en place d’une CENI taillée sur mesure. A l’arrivée : des forts taux de participation, des assemblées nationales composées de députés d’un seul parti (CDP).

L’élément cardinal qui est revenu dans les écrits de Henri Sebgo est la révision de l’article 37 de la Constitution, une révision qui exclut toute forme d’alternance, instaurant de fait le pouvoir à vie du président Compaoré. Il écrivait dans l’éditorial du N° 181 du 28 Janvier 1997 : « quand on accepte un pouvoir à vie, on accepte l’insouciance des hommes et ses conséquences, on accepte la faillite morale et intellectuelle de son peuple et de soi-même ». Norbert Zongo, interpellant le président Compaoré s’exprimait en ces termes : « C’est une atteinte aux droits de notre peuple, nous ne cessons de lui dire à lui-même, qu’il joue avec son propre destin, qu’il sortira perdant de toute l’histoire, que la fin ne sera pas heureuse et qu’il a intérêt à faire marche arrière. Il met sa vie et celle de son peuple en danger. Si les règles ne sont pas respectées, tant qu’elles ne le seront pas, il y aura toujours des coups d’Etat et lui-même sera obligé toujours, nous insistons, toujours, nous répétons qu’il sera toujours obligé de tuer, d’emprisonner... de détruire », in L’indépendant N° 250 du 16 Juin 1998. Norbert Zongo ne faisait qu’écrire ses pensées à partir des agissements quotidiens de nos gouvernants. En conclusion de l’Editorial du N°183 du 11 février 1997 il dit : « Monsieur le Président est bel et bien parti pour la violence qui fera bientôt de nouvelles veuves et de nouveaux orphelins par dizaines. Ni le Pape, ni les Cardinaux, encore moins les prières n’y peuvent rien. Quand un seul homme choisit de dicter à tout un peuple, il ne saurait s’interdire de réprimer. Le président Compaoré a fait le choix. Il est total. Requiem ! Requiem ? ». pour plus de démocratie, il était plus qu’un conseiller, les autres ont-ils compris ? Ils lui donnent raison aujourd’hui. Depuis l’avènement du président Compaoré au pouvoir en octobre 1987, son régime excelle dans les tueries froides, des assassinats crapuleux, des disparitions sans sépulture, etc. Norbert Zongo avait toujours soulevé le problème de certaines disparitions comme celles de Dabo Boukary, de Guillaume Sessouma, des enfants de Garango, de David Ouédraogo, le carnage du 27 Octobre 1987 à Koudougou, etc. Il avait toujours souhaité que la lumière soit faite sur ces crimes pour que l’impunité ne devienne pas une vertu. Il l’exprimait en ces termes : « Nous croyons que notre peuple indique la voie à suivre. Ne soyons pas aveugles, même aveuglés par le pouvoir. Faisons l’économie du sang versé inutilement. Notre peuple aspire fortement à la responsabilité, à la liberté et à la justice aujourd’hui plus que hier et certainement moins que demain », in L’Indépendant N° 192 du 15 Avril 1997. Dans l’Indépendant N°267 du 13 Octobre 1998, Norbert Zongo ajoutait : « Il y a la banalisation par le silence, le refus de reconnaître jusqu’à l’existence des crimes. La plus injurieuse manière de négliger et de chosifier la mémoire des autres les victimes, c’est d’en faire un insignifiant détail de l’histoire ». Norbert Zongo, dans sa lutte pour le respect strict du droit à la vie avait fait de l’affaire David Ouédraogo son cheval de bataille dans la lutte contre l’impunité au Burkina. C’est pourquoi, Henri Sebgo, lors du cinquantième anniversaire de la déclaration Universelle des droits de l’Homme reprenait : « chaque homme a droit à la vie. Seule la loi dans certaines circonstances et dans certains pays peut décider de la lui ôter. Cet anniversaire nous donne une fois de plus l’occasion de nous adresser à nos dirigeants sous l’autorité desquels des vies humaines ont été violemment arrachées. Il est grand temps de vous débarrasser de ce fardeau ». Norbert Zongo, au delà des crimes humains, avait toujours mis à nu un certain nombre de crimes économiques dont les affaires CEMOB, CIMAT, etc. Il n’avait jamais caché son vœu de voir s’extirper de notre pays ce fléau appelé corruption. Plusieurs fois, il est revenu sur ce fléau en ces termes : Plusieurs fois, il est revenu sur ce fléau en ces termes. « C’est par la lutte contre le grand fléau qu’est la corruption que l’on reconnaît désormais les dirigeants capables et les sociétés bien organisées de nos jours », in L’Indépendant N° 256 du 28 Juillet 1998. Tout d’abord, Henri Sebgo était chaque fois revenu sur notre part de responsabilité dans la manière dont les dirigeants nous dirigent. Henri Sebgo soulignait : « Quand un homme ne peut pas lutter pour lui-même, il ne saurait le faire pour son peuple. Un homme qui se contente de dénoncer ou de fermer les yeux sur ses propres problèmes ne peut pas se battre pour ceux de son peuple ». Norbert Zongo a, à travers ses écrits, posé les questions de la lutte pour contraindre nos dirigeants à plus de responsabilité. Il le rappelait : « Demain il sera trop tard à tous ceux qui aiment notre pays, qu’ils soient au niveau de la société civile ou des partis politiques, qu’ils posent le problème de l’alternance politique, gage de stabilité, de paix, de liberté et de démocratie dans notre pays », in Editorial N° 267 du 18 Octobre 1998. En matière des droits humains, il s’adressait au peuple en ces termes « Luttons de sorte qu’il n’y ait plus jamais de tels massacres ». « Il nous revient de bâtir une nation forte avec l’Homme et pour l’Homme. Il nous revient de bâtir une nation débarrassée de la peur et de la laideur de la mort, une nation débarrassée de la peur et de la laideur de la mort, une nation forte de la force du droit et de la justice. Seule une telle nation peut promouvoir l’Homme », in l’Indépendant N° 271 du 10 Novembre 1998. Rien que des phrases, mais des interpellations, plus loin il écrit : « il revient à chacun de nous, à travers des organisations comme les syndicats, certaines organisations de prendre nos responsabilités en obligeant les autres à prendre les leurs. Pour ce faire, nous devons avoir à l’esprit que nous sommes tous responsables de la situation que nous vivons », in L’Indépendant N° 265 du 29 Septembre 1998.

 Les œuvres de Norbert Zongo ont peint  la situation sociopolitique dans laquelle  nous avons vécue. Norbert Zongo n’est plus, il a laissé derrière lui des œuvres très importantes qui nous ont inspirés pour poursuivre la lutte qu’il a entamée. Norbert Zongo n’est pas mort. Cette célèbre phrase qu’il aimait citer dans ses écrits. « Le pire n’est pas la méchanceté des gens mauvais, mais le silence des gens bien » nous a empêcher de faillir. Le seizième anniversaire se déroule dans une nouvelle ère. La jeunesse burkinabè, celle appelée génération Norbert Zongo est chassée le président Blaise Compaoré les 30 et 31 octobre par un soulèvement populaire. Seule la lutte paie. Aucun sacrifice pour le peuple n’est vain.

Ben Youssouf Minoungou

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13/12/2014
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