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Les responsables de la famine

Les responsables de la famine

Le jugement de M. Olivier de Schutter, rapporteur des Nations unies sur le droit à l’alimentation, est sévère pour le Fonds monétaire international, la Banque mondiale, les pays riches : « Beaucoup criaient dans le désert depuis des années pour qu’on soutienne l’agriculture dans les pays en développement. Rien n’a été fait contre la spéculation sur les matières premières, pourtant prévisible depuis qu’avec la chute de la bourse, les investisseurs se repliaient sur ces marchés. […] Les plans d’ajustement structurel du Fonds monétaire international ont poussé les pays les plus endettés, notamment en Afrique subsaharienne, à développer des cultures d’exportation et à importer la nourriture qu’ils consommaient. Cette libéralisation les a rendus vulnérables à la volatilité des prix (1). »

Le point de vue de M. Michel Barnier, ministre français de l’agriculture, n’est pas entièrement différent, bien que lui défende la politique agricole de l’Union européenne, souvent mise en cause, en Afrique notamment : « Le choix de cultures d’exportation dans les pays pauvres a détruit les cultures vivrières et fait disparaître les paysans. […] Mettre en compétition des agriculteurs dont les niveaux de compétitivité varient de 1 à 1 000, c’est à coup sûr condamner les plus pauvres (2). »

L’analyse du rapporteur spécial des Nations unies sur le droit à l’alimentation ne semble pas avoir convaincu les Etats-Unis davantage que celle du ministre français. Répondant à M. Barnier dans Les Echos, l’ambassadeur américain à Paris, M. Craig Stapleton, préfère imputer la crise alimentaire à « certains pays producteurs de céréales [qui] ont choisi de restreindre leurs exportations, exacerbant la tension sur l’offre ». Après avoir fait l’éloge du maïs génétiquement modifié qui, estime-t-il, « pourrait augmenter la production agricole dans les régions arides », il prescrit : « En fait, le moyen le plus efficace pour inciter à produire plus, dans les pays développés comme dans les pays en voie de développement, serait de réduire les distorsions commerciales. » Ce genre d’ordonnance s’abrite derrière un avis de M. Dominique Strauss-Kahn, directeur général du Fonds monétaire international, qui semble avoir enchanté Washington : « Personne ne devrait oublier que toutes les nations comptent sur le libre-échange pour nourrir leur population (3). »

Comme le remarque ironiquement un vieux dicton américain, quand on ne dispose que d’un marteau, le monde ressemble forcément à un clou…

(1) Le Monde, 3 mai 2008.

(2) Michel Barnier, « Agriculture : pas question d’autarcie… », Les Echos, 2-3 mai 2008.

(3) Craig Stapleton, « Agriculture, pas question de limites aux échanges », Ibid.



07/05/2008
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