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Situation nationale/ Le régime Compaoré est-il à bout de souffle?

Situation nationale

Le régime Compaoré est-il à bout de souffle?

 

La situation nationale est trouble. Les dernières manifestations à Bobo Dioulasso, Banfora et Ouagadoudou ont permis de voir le régime de Blaise Compaoré aux abois. Après avoir laissé pourrir la situation, le gouvernement Tertius Zongo tente de sauver la face. Il a initié des consultations des différentes composantes de la vie sociopolitique (religieux, coutumiers, partis politiques, syndicats et consommateurs). Objectif : écouter et à rassurer les uns et les autres que des décisions incessantes seront prises par le gouvernement pour trouver à la crise. Les partis politiques de l’opposition étaient exclus de cette phase parce qu’ils ont été reçus après la publication desdites décisions. C’est la part insignifiante que le régime leur donne dans la république. A quoi rime et rythme tout ce ballet. La volonté de dialogue ? Le sauve qui peut ou la panique ? La panne des solutions ?

 

Au moment où nous traçons ces lignes, Ouagadougou était en ville morte avec des échauffourées au centre ville et dans certains quartiers périphériques. En dehors des événements de décembre 2006, on n’avait jamais vu des rues aussi désertes que le jeudi dans la capitale.

Malgré les décisions du gouvernement de suspendre pendant trois mois des taxes douanières à l’importation sur les produits tels le riz, le lait, le sel etc. Ouagadougou a tenu à manifester après les autres villes. Des décisions qui suscitent moult interrogations et critiques.

 

La misère des Burkinabè mal cernée

Depuis 2001, les syndicats ont toujours posé les problèmes de la « vie chère ». En effet, les prix des produits de première nécessité connaissaient de jour en jour une hausse pendant que leur pouvoir d’achat des travailleurs s’effritait de plus en plus. Les salaires ne permettaient pas d’y faire face. Même les petites augmentations de salaires faites par le gouvernement n’étaient que du mercurochrome sur une plaie aussi béante. D’aucuns pensaient que la vie chère n’était qu’une vue de l’esprit des seuls syndicats. La situation allait dégradante et a empirée cette année 2007-2008 avec une flambée inégalée des prix. Malgré tout, le gouvernement n’avait pas jugé nécessaire d’apporter la riposte. Plusieurs fois, il a accéléré lui-même le mal par l’augmentation des prix des hydrocarbures (en janvier). Les négociations entre les syndicats et le gouvernement sont des occasions pour le gouvernement de répéter qu’il avait assez fait des efforts. Au cours de celles des 14 et 15 décembre 2007 où il n’y a pas eu grande chose, la distribution gratuite des manuels scolaires, et les céréales à prix social etc. étaient citées. Des efforts certes, mais ce ne sont des mesures financières qui permettent aux travailleurs de faire face à cette flambée exagérée des prix. Au même moment où le gouvernement demande aux citoyens de serrer la ceinture, les fêtes se sont multipliées dans le pays (20 ans de renaissance démocratique, le 11 décembre etc.). Cette propension festive et dépensière a été largement critiquée par l’opinion. Lors des festivités du 11 décembre, le ministre de l’administration territoriale, Clément Sawadogo avait fini par nous convaincre que l’existence de problèmes ne nous interdisait pas de faire la fête. Elle a bel et bien eu. Selon lui, les citoyens en redemandent. La fête finie, les problèmes n’ont pas tardé à se présenter. Le gouvernement a décidé d’une vaste campagne de lutte contre la fraude et l’incivisme fiscal. Les commerçants sont traqués et ils ont répercuté leur manque à gagner sur les prix des produits. Les petits commerçants disent qu’ils sont plus frappés de par le volume de leurs affaires. Cette fois-ci la flambée des prix et la vie chère n’épargneront personne. La grogne a commencé à monter d’un cran dans le milieu des commerçants avec une accusation d’augmentation des taxes et impôts. La tension sociale n’a plus baissé.

 

La fuite en avant

La presse relayait de plus en plus cette grogne générale des Burkinabè avec une volonté d’en découdre. Nous avons en exemple l’assassinat du cambiste Daouda Ouédraogo par un libanais, le gouvernement avait été pris par une panique. Parce que redoutant la destruction des biens de la communauté libanaise. Les appels au calme et le pardon des autorités libanaises étaient venues à bout de la colère des populations de Ouagadougou.

Pour des solutions à la flambée des prix c’était l’attente d’actes forts mais le gouvernement a traîné les pieds. En effet, le gouvernement a réagi pour la première fois par un conseil de cabinet le 6 février assorti d’une simple déclaration d’intentions. D’abord, le gouvernement cherchait à comprendre les causes d’une flambée des  prix exagérée. Les commerçants sont pointés du doigt et accusés d’avoir fait trop. Ensuite, le gouvernement a promis des sanctions aux contrevenants. En retour, les accusations d’augmentation des taxes et d’impôts persistaient et amplifiaient dans l’opinion. Un ping-pong d’accusations est constaté. Le gouvernement a tenté de rejeter cette accusation sans une véritable campagne d’explication. Ni les commerçants, ni l’opinion ont été convaincus par les arguments du gouvernement jusqu’au 21 février où des émeutes ont éclaté à Bobo-Dioulasso, à Ouahigouya et à Banfora. Les dégâts sont incalculables dans la capitale économique. Le gouvernement laisse voir sa fébrilité dans la gestion de cette crise.                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         C’est en ce moment que le gouvernement a mis en branle son dispositif de communication avec des rencontres tous azimuts avec certaines composantes de la vie sociopolitique.

L’envie de communiquer a été jugée tardive parce qu’elle devait se tenir avant que la situation ne soit devenue ingérable. Elle n’apportait pas véritablement des solutions aux problèmes posés. En effet, tout en reconnaissant l’existence de la flambée des prix, le gouvernement ne se reproche de rien. Il a opté pour les menaces et a promis de punir les manifestants aux Burkinabè dans le sens de dissuader les probables manifestations prévues le 28 février à Ouagadougou. Aussi a-t-il fait une seule proposition à la flambée des prix en Conseil de ministres du 27 février. Il a décidé de suspendre les taxes douanières sur les importations des produits tels que le riz, le lait et le sel pendant une période de 3 mois.

 

Le cynisme d’une décision

Les populations s’attendaient à des décisions avec effets immédiats. Le gouvernement leur a servi celles qui n’auront d’effets probables que dans trois mois. Par conséquent, elles devraient encore supporter. C’est le gouvernement qui a même pris le soin de rappeler que les commerçants écouleront leurs stocks. Cette décision n’apporte pas assez de clarification dans la situation actuelle. Parce que le gouvernement avait décidé de sévir à l’endroit des commerçants qui avaient exagéré les prix. Qui va-t-il sanctionner ? Les nouvelles décisions essuient des critiques. En effet, les gros importateurs des produits sont connus et ce sont eux qui fixent les prix comme ils veulent donc responsables de la flambée actuelle. D’aucuns pensent que la décision permettra à ces derniers de s’enrichir davantage sur nos dos. Des interrogations sont aussi légion.  Comment le gouvernement arrivera-t-il à contrôler les anciens stocks et les nouveaux stocks pour leurs amis ne nous maintiennent pas la même situation ?

Les nouvelles décisions n’étant pas d’effets immédiats pour les populations, le gouvernement ne règle pour l’instant le problème de la vie chère. C’est pourquoi elles n’ont pas empêché les manifestations du 28 février à Ouagadougou. Sans décisions à effets immédiats, la crise restera en l’état. De notre avis les populations ne sont pas sorties manifester pour rien obtenir pour le moment. Le manque de propositions conséquentes témoigne de l’incapacité du gouvernement à trouver des solutions aux problèmes actuels. Ses solutions habituelles qui lui restent : la répression et l’ouverture politique. Ses stratèges devraient encore creuser parce que la norme a été bouleversée. Ce sont les commerçants qui manifestent. Des alliés ? En attendant les adversaires.

Nabi Youssfou

 



01/03/2008
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