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RWANDA • La France directement mise en cause dans le génocide

actualités : afrique 6 août 2008
RWANDA •  La France directement mise en cause dans le génocide
Les conclusions de la commission d'enquête rwandaise sur le rôle supposé de la France dans le génocide de 1994 ont été divulguées le 5 août. Kigali accuse Paris d'avoir activement "participé" à l'exécution de ce génocide et menace de lancer des poursuites judiciaires contre d'anciens dirigeants politiques et responsables militaires français.
Un soldat français discute avec des enfants rwandais, juillet1994
AFP
Kigali tire ses enseignements du travail d'une commission d'enquête sur le rôle de la France. Elle est accusée d'avoir participé à la "mise en exécution" du génocide. Elle aurait préparé, entraîné et armé les tueurs. Le gouvernement rwandais a rendu public, le 5 août, les principaux enseignements qu'il tire du rapport que lui a remis le 16 novembre 2007 la Commission "indépendante" mise en place pour " faire la lumière sur le rôle de la France dans le génocide des Tutsis de 1994 ", qui fit un million de morts parmi la minorité tutsie et l'opposition hutue entre avril et juillet.

La France de François Mitterrand, d'Edouard Balladur, son premier ministre, ou d'Alain Juppé, son ministre des Affaires étrangères, est, comme attendu, vilipendée et mise en accusation. Les principales préventions qui ressortent du communiqué du gouvernement de Kigali (un document de 12 pages, alors que le rapport en fait 500), touchent à la participation de la France " aux principales initiatives de préparation du génocide " et " à la mise en exécution du génocide ". Or, les faits qui fondent les accusations figurant dans le document diffusé hier sont, pour la plupart, soit déjà connus, soit insuffisamment étayés. Seule la lecture du rapport complet permettrait de se forger un jugement sur le travail de cette commission dont la mission était, à l'origine, pour le moins orientée [son intitulé exacte était 'Commission nationale indépendante chargée de rassembler les preuves montrant l'implication de l'Etat français dans le génocide perpétré au Rwanda en 1994'].

Ces réserves émises, les charges contre la France sont lourdes. La plus forte et la plus neuve constate que "des militaires français ont commis eux-mêmes directement des assassinats de Tutsis et de Hutus accusés de cacher des Tutsis ; (ils) ont commis de nombreux viols, forcé des relations sexuelles spécifiquement avec des rescapées tutsies" du génocide. Ces abus sexuels étaient, souligne le résumé du rapport qui ne relate pas de cas précis, "fréquents, tolérés et générés par les normes et pratiques de l'institution, à laquelle appartenaient les hommes qui les commettaient".

Opération Turquoise

C'est le rôle de la France lors de l'"Opération Turquoise", mission dite humanitaire menée du 21 juin au 22 août avec l'aval des Nations unies dans l'ouest du Rwanda, qui est au centre des critiques des autorités rwandaises. Pendant cette période, la France continue à fournir des armes aux troupes régulières rwandaises qui ont amplement participé au génocide et qui sont en débandade sur la route du Congo-Kinshasa voisin. Ces approvisionnements s'effectuent via l'aéroport de Goma et sous couverture de l'opération humanitaire. Les sociétés françaises Sofremas et Luchaire sont citées.

Les militaires français auraient, de surcroît, "pratiqué la politique de la terre brûlée", accuse le communiqué du gouvernement rwandais, en incitant la population hutue à fuir massivement vers le Congo. L'exemple d'une réunion publique, dirigée par le colonel français Patrice Sastre, le 13 juillet 1994 à Rubengera, est donné.

L'examen du rôle de Paris s'attarde aussi sur la période qui a précédé le génocide. "La France était au courant des préparatifs du génocide", accuse Kigali. Une évidence puisque les Nations unies, la Belgique et d'autres avaient été alertés, notamment par l'"informateur Jean-Pierre". "La France a participé aux principales initiatives de préparation du génocide", poursuit le gouvernement rwandais. Ce qui était un fort soupçon est, là, conforté par différents indices : la participation de militaires français à la tenue de barrières, censées filtrer l'ennemi tutsi au régime, dans différentes régions du pays; leur contribution à l'organisation du programme d'"autodéfense civile", en fait l'armement et l'entraînement des miliciens qui prendront une part très active au génocide.

La France a formé et contribué à former "militairement les Interahamwe entre le début de l'année 1992 jusqu'au départ de l'opération Noroît en décembre 1993 (...) dans cinq grands camps militaires où étaient établis les militaires français ", précise le communiqué du gouvernement. En conclusion de ce réquisitoire, le ministre rwandais de la Justice, Tharcisse Karugarama, a appelé "les instances habilitées à entreprendre les actions requises afin d'amener les responsables politiques et militaires français incriminés à répondre de leurs actes devant la justice". Treize dirigeants politiques et neuf responsables militaires sont cités parmi les personnalités "les plus impliquées dans le génocide".
Gérald Papy
La Libre Belgique


06/08/2008
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