repères, Il y a des valeurs........

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GAZA • Une opération militaire inutile ?

 

GAZA •  Une opération militaire inutile ?

Engagé dans une "guerre sans merci" contre le Hamas, Israël a intensifié dans la nuit ses attaques autour de la bande de Gaza. Le gouvernement israélien a certes raison d'essayer de protéger ses citoyens. Mais la méthode musclée, tant de fois utilisée, n'a jamais abouti.

Frappe aérienne dans le nord de la bande de Gaza
DR

Samedi 27 décembre, la première chaîne de télévision israélienne nous a proposé un aperçu intéressant : ses correspondants faisaient leur commentaire depuis les villes israéliennes de Sderot et d'Ashkelon, mais les images qui s'affichaient à l'écran provenaient de la bande de Gaza. Ce faisant, le message formulé – sans doute bien involontairement – était on ne peut plus fidèle à la réalité : un enfant de Sderot vaut un enfant de Gaza et quiconque s'en prend à eux est méprisable. L'offensive sur Gaza ne mérite pas seulement une condamnation morale mais aussi quelques menus rappels historiques. Tant la justification donnée à cette offensive que le choix des cibles sonnent comme une répétition des mêmes considérations de base qui se sont toujours révélées erronées, guerre après guerre. Mais Israël s'y accroche envers et contre tout.

Ainsi, Israël aurait décidé de frapper les Palestiniens dans le but de "leur donner une leçon". C'est là une considération qui accompagne l'œuvre sioniste depuis sa genèse : nous sommes les représentants du Progrès et des Lumières, de la raison complexe et de la moralité, tandis que les Arabes sont une racaille primitive et violente, des gamins qui doivent être éduqués et remis dans le droit chemin en utilisant – bien entendu – la méthode de la carotte et du bâton, comme le fait le charretier avec son âne.

Le bombardement de Gaza est aussi censé "liquider le régime du Hamas", le tout enchaîné avec une de ces autres considérations qui font le sel du mouvement sioniste depuis sa fondation : il est possible d'imposer aux Palestiniens l'émergence d'une direction "modérée", c'est-à-dire une équipe qui renoncera à leurs aspirations nationales. Toujours dans cet ordre d'idées, Israël croit encore et toujours qu'en infligeant souffrance et désolation aux civils palestiniens, on les poussera à se révolter contre leurs dirigeants nationaux. L'histoire devrait pourtant nous démontrer que rien n'est plus faux.

Toutes les guerres d'Israël se sont chacune fondées sur l'une ou l'autre de ces considérations qui nous accompagnent depuis la naissance et qui peuvent se résumer par "nous ne faisons que nous défendre". "Un demi-million d'Israéliens sous le feu" était le titre qui barrait la une du Yediot Aharonot, ce dimanche 28 décembre. Comme si ce n'était pas toute la bande de Gaza qui subissait un siège interminable imposé par Israël et qui y a détruit toute perspective de vivre dans la dignité pour au moins une génération.

Il est évidemment impossible pour quiconque de vivre sous les tirs quotidiens de missiles, mais aucun lieu sur terre ne peut aujourd'hui prétendre vivre dans une situation de "terrorisme zéro". Il n'en reste pas moins que le Hamas n'est pas une quelconque organisation terroriste qui tiendrait en otages tous les habitants de Gaza. C'est au contraire un mouvement nationaliste et religieux qui jouit de l'assentiment d'une majorité de Gazaouis. On peut évidemment déclencher une attaque contre lui, et, vu la perspective proche des élections législatives israéliennes du 10 février 2009, cette attaque débouchera sans doute rapidement sur une sorte de cessez-le-feu. Mais il est une autre vérité historique qu'il est peut-être bon de rappeler dans ces colonnes : depuis l'aube de la présence sioniste en terre d'Israël [la Palestine entre la Méditerranée et le Jourdain], aucune opération militaire n'est jamais parvenue à faire progresser un quelconque dialogue avec les Palestiniens.

Le plus dangereux de tous nos clichés est sans doute celui selon lequel il n'y a personne à qui parler. Il y a toujours moyen de parler, y compris avec le Hamas, étant donné qu'Israël a des choses à proposer à cette organisation politique : la levée du siège de Gaza et la restauration de la liberté de circulation entre la bande de Gaza et la Cisjordanie, dans le but d'améliorer les conditions de vie. Dans le même ordre d'idées, il serait peut-être bon que nous dépoussiérions les vieux projets jadis élaborés après la guerre des Six-Jours [en juin 1967] et selon lesquels il fallait permettre à des milliers de familles [palestiniennes] de Gaza de se réimplanter en Cisjordanie. Si ces projets n'ont finalement jamais vu le jour, c'est tout simplement parce que la Cisjordanie était destinée à la colonisation juive de peuplement. Cette dernière fausse considération a causé beaucoup de dégâts, et nous n'avons pas fini d'en payer le prix.

Tom Segev
Ha'Aretz

 

 



31/12/2008
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