repères, Il y a des valeurs........

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Condamnation de Nana Thibaut/Le troisième prisonnier politique du régime

Condamnation de Nana Thibaut

 

Le troisième prisonnier politique du régime

 

Le verdict du jugement des 169 présumés casseurs est tombé. En effet, le plus célèbre de tous, le conseiller municipal Nana Thibaut a écopé de 36 mois de prison ferme et 12 mois pour 44 autres. Il est devenu depuis ce 11 mars 2008, le troisième prisonnier politique après le  capitaine Ouali et le sergent Naon Babou.

 

Tout était prévu, pour paraphraser Smokey dans sa chanson censurée : «  À qui profite le crime ? ». En effet, Nana Thibaut, président du Rassemblement des Démocrates Patriotes (RDP) devrait payer pour avoir appeler à manifester le jeudi 28 février 2008. Ce jour-là, ce qui devait arriver, arriva. Il y eut des émeutes et des dégâts à Ouagadougou. 36 mois fermes pour lui. A-t-on réellement voulu donner une leçon de punition ? Qui doit payer en plus de Nana Thibaut ?

 

Un procès vicié, digne de l’Etat d’exception

Maître Prosper Farama était l’avocat de Nana Thibaut et d’autres prévenus. En effet, il s’est présenté à la Maison d’Arrêt et de Correction de Ouagadougou (MACO) pour rencontrer ses clients. Les gardes de sécurité pénitentiaire (GSP) lui ont refusé l’accès sous prétexte qu’il n’avait pas un ordre de constitution. Au moment, un de ses collègues qui est venu rencontrer pour les mêmes motifs n’a pas eu de problème pour voir ses clients. Maître Farama a envoyé chercher les procès verbaux au secrétariat du greffe. L’envoyé est revenu bredouille parce que le dossier se trouvait avec la présidente du Tribunal. Au début du procès le 7 février dernier, Maître Farama a demandé le renvoi parce que non seulement, il n’a pas pu rencontrer ses clients mais aussi il n’a pas eu accès au dossier. Ces raisons ne troubleront pas la quiétude du tribunal. Par conséquent, Maître Farama s’est déporté pour ne pas cautionner un procès dont la procédure montrait que les résultats étaient connus d’avance.

Ce procès dont l’audience du 10 mars a duré de 8 h 30 minutes à 5 h le lendemain ressemblait bien à la torture. Parmi les 169 présumés, il y avait du tout, des personnes innocentes qui ont eu la malchance d’être sur le chemin des forces de sécurité. Comme s’il leur fallait du butin quantitatif pour présenter à leurs chefs. Cela nous fait rappeler quand on prenait des mécaniciens pour des étudiants pendant les répressions estudiantines.

On inscrirait ce procès comme étant un procès pédagogique. Mais à l’endroit de qui ? Des citoyens. Il faut dissuader les Burkinabè dans de manifestations futures. Un ministre avait menacé les syndicats en leur faisant savoir qu’il mettra tous les moyens pour rendre la vie dure à tous ceux qui seront coupables des casses. Cependant le pays a connu assez de procès pédagogiques : dirigeants du Collectif contre l’impunité le 24 décembre 1999, Médah Bertrand, président de l’ANEB et autres le 17 décembre 2002. Nous avons l’impression que ce genre de procès est le quotidien des Burkinabè qui revendiquent aux mains nues. Ces procès pédagogiques n’ont jamais émoussé les ardeurs des Burkinabè à manifester contre l’arbitraire et l’injustice : Port obligatoire des casques le 1er septembre 2006, fatwa contre la chaîne des Kundé etc. Dans la même république, il y a ceux qui ont toujours manifesté sans la même rigueur ne leur soit appliquée parce qu’ils ont les armes à même de faire tomber la république. En rappel, les 19,20 et 21 décembre 2006, la IVème République a été ébranlée par des affrontements entre militaires et policiers. Les militaires ont imposé des couvres feu et les populations de Ouagadougou se sont terrées dans leurs maisons. Les autorités aussi. Personne n’avait été interpellée, à plus forte raison être jugée. Aucune autorité n’avait osé prononcer un mot tel « acte de vandalisme ». C’est quelle république où tous les citoyens ne sont pas égaux devant la loi ? C’est quelle république où des voyous connus ont tué et carbonisé des êtres humains et ne sont même pas recherchés ? Quand il s’agit de petites gens, on leur organise un petit procès, pour montrer aux yeux du monde que l’on est puni au Burkina pour tout acte condamnable. Il y a eu des procès spectacles souvent pour assouvir la soif de justice de l’opinion. L’orage passé, les condamnés se retrouvent dehors. Nous avons en exemple ces condamnés dans les fraudes aux examens et concours qui sont dehors entrain de se pavaner. C’est quelle justice qui pue le deal à tout moment ?

 

Nana Thibault, un orphelin politique

 

Les Burkinabè le connaissent pour avoir été un chantre de mouvement sankariste. Aujourd’hui, il s’est de plus en plus éloigné pour devenir un allié de l’Alliance pour la démocratie et la fédération/ Rassemblement démocratique Africain (ADF/RDA). En effet, son parti est membre de la Coordination des partis extraparlementaires (COPEP) qui soutient le parti de l’éléphant.  Voilà en quelque sorte la famille politique de Nana Thibaut pour ne pas dire qu’il est payé aujourd’hui en monnaie de singe pour avoir longtemps travaillé pour le régime.

A la naissance du Collectif contre l’impunité en fin décembre 98, Nana Thibaut était le speaker en langue mooré pendant les différents meetings à la Bourse du Travail. En septembre 1999, Nana Thibaut faisait de ceux que le gouvernement de Kadré Désiré Ouédraogo avait contacté pour faire partie du gouvernement de large ouverture. Nous ne disons qu’il allait être ministre mais il avait un intermédiaire qui voulait le soustraire du Collectif contre l’impunité. Par conséquent, quand les responsables du Collectif ont eu vent de ces contacts, Nana Thibaut n’avait plus la parole aux meetings. Il s’était retiré de cette structure et a mené une campagne contre cette dernière et son président Halidou Ouédraogo. Sa phrase célèbre était que : « La mort de Norbert Zongo était devenue une plantation de cacao pour les premiers responsables du Collectif ».

Nous avons tout ceci pour montrer à tel point, le pouvoir du Président Blaise Compaoré a enfermé un de ces marionnettes incontrôlables. En effet, Nana Thibaut n’est qu’un produit de ce système mais très opportuniste et populiste, il ne mâche pas ses mots pour défendre certaines situations d’injustice. C’est cela l’ambiguïté du personnage. Néanmoins, il est aujourd’hui au devant de la scène entrain de payer les pots cassés c’est parce que malgré la grogne personne n’a eu le courage d’appeler à manifester. Il l’a fait. Il croupit en prison. Les Burkinabè lui sont redevables toutes les mesures qui ont été prises pour alléger leur souffrance. Parce que s’il n’avait appelé à manifester il n’y aurait pas eu ces mesures. Le gouvernement lui est redevable la petite ampleur des dégâts. S’il n’y avait pas le 28 février, la grogne allait être ingérable les mois qui suivent. Nous pouvons dire Nana Thibaut a évité le pire au gouvernement. A défaut des commanditaires « politiciens tapis dans l’ombre, pseudo démocrates », il s’est rabattu sur le coupable du moment comme : « un chasseur qui n’a pas eu du gibier en brousse, est à la maison pour abattre sa volaille ». Quelle sanction devrait-on infliger à un gouvernement qui ne sait pas prévoir ? Qui ne sait pas communiquer ? Qui ne répond aux cris de détresse de ces concitoyens que quand ça brûle ? La semaine dernière, nous avons demandé que certains ministres se démentent. Mais le Premier ministre Tertuis Zongo aime la collégialité. Il devrait tirer les leçons. Le maître mot : La confiance et la légitimité du gouvernement détruites. Il peut y rester, nous ne les avons pas mis là-bas.

Nabi Youssfou



18/03/2008
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